L’empreinte fatale des sous-munitions, mines et autres engins non explosés
Fatal Footprint : le titre
« Fatal Footprint » se traduit littéralement par « l’empreinte fatale ». Le campagne met en avant celles et ceux qui ont eu à souffrir des conséquences de mines antipersonnel, de sous-munitions ou d’autres engins non explosés dans leur chair, mais aussi l’empreinte laissée par ces armes sur la vie de leur famille et même sur l’ensemble de la communauté.
Le problème
Les mines antipersonnel sont des armes aveugles qui ne font aucune distinction entre le pied d’un soldat et celui d’un enfant. Elles restent opérationnelles jusqu’à ce qu’un être humain ou un animal en déclenche le mécanisme d’explosion. Au Cambodge, par exemple, 75% des victimes de mines antipersonnel enregistrées entre 1979 et 2007 sont des civils. Sur les 63.000 cas rapportés, 43.000 victimes ont survécu à l’explosion. Les mines terrestres sont surtout conçues pour mutiler parce qu’un soldat blessé demande plus d’attention qu’un soldat mort. Toutes les victimes ont ainsi dû subir une ou plusieurs amputations et auront besoin d’aide à vie.
Les armes à Sous-munitions sont destinées à couvrir un large périmètre avec un seul engin. Leur principe est simple: un grand conteneur (bombe, obus, missile) est rempli de plus petites bombes, appelées sous-munitions. Le conteneur s’ouvre et envoie ses sous-munitions sur la zone visée en générant un tapis d’explosions qui peut couvrir plusieurs hectares. Cette dispersion aléatoire constitue une violation du droit humanitaire international, qui exige de distinguer les cibles civiles des cibles militaires. Les sous-munitions ont été utilisées pour la première fois pendant la Deuxième Guerre mondiale par l’Union soviétique et l’Allemagne. Du temps de la Guerre froide, elles ont été considérées comme le moyen de défense idéal contre les colonnes d’hommes et de chars mais la nature des guerre a changé et les civils se retrouvent aujourd’hui de plus en plus dans la ligne de mire.
Les armes à sous-munitions peuvent contenir des centaines de sous-minutions. Elles se distinguent des mines par leur objectif: les mines sont conçues pour NE PAS exploser au moment où elles sont mises en place, au contraire des sous-munitions, même si ces dernières n’arrivent souvent pas à exploser parce que leur mécanisme s’enraye. Les études montrent en effet que 5 à 30% des sous-munitions n’explosent pas à l’impact. Elles restent alors sur le sol, dans des arbres ou sur le toit des maisons où elles deviennent de véritables mines antipersonnel, prêtes à exploser au moindre contact. Elles constituent une menace mortelle pour la population civile qui risque d’entrer en contact avec ces engins dans le cadre de ses activités (agriculture, sylviculture, reconstruction des zones dévastées par la guerre…) Les enfants sont attirés par les couleurs vives de certaines sous-munitions et constituent un groupe à risque important.
Aujourd’hui, Handicap International dispose de données bien étayées émanant de plus de 13.000 victimes dans au moins 25 pays ou régions Pas moins de 98% des cas rapportés concernent des civils, dont les familles et les communautés sont, elles aussi, affectées par les conséquences tragiques de ces accidents.
Les chiffres
En 2007 on a dénombré encore au moins 5.426 nouvelles victimes de mines antipersonnel, d’armes à sous-munitions et de débris de guerre explosifs. Les victimes ont été signalées dans 78 pays et la grande majorité d’entre elles étaient des civils (71%), souvent des enfants. 60% des victimes des engins non explosés étaient des mineurs. Ces conclusions sont celles du Rapport 2008 de l’Observatoire des mines, auquel a collaboré Handicap International. Les 10 pays dans lesquels ont été déplorées le plus de victimes en 2007 sont l’Afghanistan, le Cambodge, la Colombie, l’Inde, l’Irak, le Laos, le Liban, le Myanmar, le Népal, le Pakistan, le Tchad, la Turquie et le Vietnam. Et ce n’est pas un hasard si trois de ces pays se retrouvent dans l’exposition Fatal Footprint.
Les solutions
L’interdiction des mines antipersonnel
Depuis sa signature en décembre 1997, le Traité d’Ottawa interdit l’utilisation des mines antipersonnel. Une arme qui, tout comme les armes à sous-munitions, continue à constituer une menace pour les civils longtemps après la fin des conflits. Ce Traité d’interdiction des mines antipersonnel interdit l’utilisation, la fabrication et la vente de ces mines. Il stipule que les zones minées doivent être déminées dans les dix ans et que les mines encore stockées doivent être détruites dans les quatre ans. Grâce à ce traité, chaque année, ces armes font un peu moins de victimes. De plus en plus de personnes sont aussi informées des dangers liés aux mines antipersonnel. Les armes à sous-munitions restent en revanche jusqu’à présent légales, malgré les nombreuses victimes qu’elles font parmi les civils.
Interdiction des sous-munitions - signature le 3-12-2008 à Oslo
En 2005, Handicap International a lancé un appel à l’interdiction des armes à sous-munitions et a milité en ce sens dans différents pays. En 2006, la Belgique a été le premier pays au monde à interdire la production, l’utilisation, le stockage et le transfert de ces armes. Après toute une série de conférences diplomatiques, 107 États ont adhéré au Traité sur les armes à sous-munitions le 30 mai 2008, à Dublin. Le 3 décembre, celui-ci sera officiellement signé à Oslo. Après cette date, même les pays non signataires ne pourront plus que très difficilement justifier l’utilisation de ces armes mises à l’index. Plusieurs grands pays ont encore actuellement d’énormes quantités de bombes à sous-munitions en leur possession. Ces stocks doivent être détruits. Handicap International a suivi tout le processus de la convention de très près et plaidé en faveur de la mise en place de structures permettant la prise en charge des victimes et de leurs familles. Le Traité prévoit par conséquent de nouvelles infrastructures, aussi innovantes qu’ambitieuses, afin de leur venir en aide.
Les Ban Advocates
Dans le cadre du lobbying pour l’interdiction des armes à sous-munitions, Handicap International a collaboré avec un groupe de personnes qui ont elles-mêmes été victimes de ces armes, les « Ban Advocates ». Ce réseau en faveur de l’interdiction est parvenu à influencer les discussions sur tous les thèmes importants abordés dans le cadre du processus de préparation du traité d’Oslo relatif aux armes à sous-munitions. Les récits de ses protagonistes ont permis de mettre en avant la souffrance humaine liée à ces armes, une souffrance que personne n’a pu ignorer, ni nier.
Aynalem Zenebe, Éthiopienne, est une de ces victimes. Elle raconte:
Je ne veux pas que d’autres personnes soient victimes, comme moi, d’armes à sous-munitions. Je veux faire comprendre aux gouvernements à quel point ces armes sont horribles.
Le photographe Gaël Turine s’est rendu en Ethiopie pour la rencontrer, dans le cadre de l’exposition Fatal Footprint .
Handicap International soutient les victimes
Outre le lobbying, l’organisation soutient aussi les victimes de mines, d’armes à sous-munitions et de débris de guerre explosifs par le biais de projets de réadaptation. Partisan d’une approche globale, Handicap International collabore avec les centres de réadaptation, qu’ils soient propres à l’organisation ou non. Dans ce cadre, nous fournissons des prothèses, nous assurons un accompagnement psychologique et nous aidons les victimes dans leur réintégration sociale. Ces centres sont investis d’une triple fonction: dispenser des soins de kinésithérapie spécialisés, fournir des prothèses et des dispositifs de marche et assurer l’accompagnement social des patients qui rentrent chez eux, pour leur permettre de reprendre plus facilement l’école ou le travail. Pour ce faire, nous prévoyons une formation permanente des kinésithérapeutes, des prothésistes et des assistants sociaux. Les victimes ont besoin d’une nouvelle prothèse environ tous les trois ans et ceci à vie.
Nous gérons aussi, parallèlement, des projets destinés à collecter des données sur le nombre des victimes et le type de munitions qui les ont atteint. Pour pouvoir agir, il est capital de bien circonscrire le problème. Handicap International met aussi sur pied des projets de déminage et de sensibilisation aux dangers des mines afin d’éviter de nouvelles victimes parmi la population. L’exposition Fatal Footprint illustre ces différents aspects de son action.
Historique du Traité et rôle pionnier de la Belgique
Premier pays au monde à avoir interdit les armes à sous-munitions, la Belgique a joué un rôle de pionnier dans ce domaine. En 2007, la Norvège a lancé le processus d’Oslo qui a mené à l’interdiction internationale des armes à sous-munitions.
Le 2 février 2005, toutes les sections de Handicap International demandent l’interdiction des armes à sous-munitions.
Le 9 mars 2005, Handicap International interpelle le Sénat belge et lui demande de plancher sur « une interdiction des armes à sous-munitions ».
Le 14 avril 2005 un sénateur belge francophone introduit un projet de loi qui interdisant les « bombes à fragmentation ».
Le 28 juin 2005, la Commission pour la défense et les affaires étrangères du Sénat organise un débat sur la proposition de loi. Handicap International est invité à défendre son point de vue. La séance plénière du Sénat du 7 juillet adopte le texte à l’unanimité et le projet de loi est transmis au Parlement.
En décembre 2005, plus de 200.000 personnes ont déjà signé la pétition de Handicap International contre les armes à sous-munitions.
Le 19 janvier, le Parlement européen lance un appel pour l’élimination des armes à sous-munitions dans le monde entier.
Le 16 février 2006, le Parlement belge adopte, sans aucun amendement, la loi qui interdit les armes à sous-munitions (par 112 voix pour, 2 voix contre et 22 abstentions).
En été 2006, la guerre au Liban attire l’attention internationale sur les armes à sous-munitions. Après l’échec des négociations sur les armes classiques, la Norvège lance un processus alternatif, à l’instar de ce qui avait été fait à Ottawa pour les mines antipersonnel.
En février 2007, une rencontre est organisée à Oslo et, sur les 49 pays participants, 46 soutiennent le projet d’interdiction des armes à sous-munitions. Les États déclarent vouloir signer une convention à ce sujet avant la fin 2008. En mai, une nouvelle conférence est organisée à Lima et, début octobre, les pays concernés organisent une conférence à Belgrade.
Une conférence européenne qui se tient à Bruxelles le 30 octobre 2007 réunit une cinquantaine de pays européens au sens large, ainsi que des observateurs américains, canadiens et russes. À l’ordre du jour: la destruction des stocks et l’aide aux victimes.
En mai 2007, à Dublin, 107 États approuvent le Traité d’interdiction des armes à sous-munitions.
Handicap International invite tous les États à venir signer le Traité le 3 décembre prochain à Oslo, en vue de le ratifier et de l’appliquer sans délai.







